Anne Rothschild

Les roues du Temps

En septembre 2017, j’ai dû faire abattre un pin parasol que j’avais planté quarante-quatre ans auparavant. Au fur et à mesure que la scie le débitait, j’entendais la plainte muette de l’arbre. Des plateaux ont été découpés et mis à sécher.

Le motif des cernes apparues dans les coupes du tronc m’a frappée. Chaque cercle correspondant à une année vécue par l’arbre, j’ai cherché un moyen de conserver ces diagrammes pour en préserver la mémoire. J’ai réalisé une série d’estampages sur papier de ces plateaux.

Durant les vingt dernières d’années, j’avais travaillé sur l’aspect extérieur des arbres, feuillage et tiges pour les figuiers, figues et grenades pour les fruits, troncs et racines pour les oliviers.

Aujourd’hui, lorsque j’exécute ces empreintes, je ressens, grâce au contact direct entre la peau, le crayon gras, la feuille de papier et la surface du bois, une osmose avec le matériau touché. Cette approche me permet d’épouser la croissance secrète de l’arbre, à la croisée du temps et de l’espace. De pénétrer dans son histoire intime façonnée par le soleil, la pluie, le gel et et le mistral ; par la rencontre avec des êtres humains et des animaux, par la caresse des oiseaux, par le contact d’insectes et par l’expansion d’autres végétaux.

Une correspondance s’établit entre les cernes concentriques des coupes et entre la totalité du cosmos dans lequel le conifère s’inscrit. Entre l’évolution de la Terre et entre l’histoire des hommes qui la peuplent. Des planètes tournent autour de soleils sphériques, des galaxies gravitent en spirale autour d’un centre et des ondes se propagent par des orbes concentriques.

Si les estampes rendent compte de la croissance du pin durant les quarante-sept années de son existence, elles transcrivent également les incisions accidentelles provoquées par la lame de la scie, lors de sa fin brutale.

A l’image de la vie, elles sont un symbole de l’impermanence des choses.

Vic Sainte Anastasie, avril 2018